Les Voeux

Près d’une caverne sombre et d’aspect bizarre,
Cinq sœurs passaient un jour, quelque peu par hasard.
L’une, avec ses aînées, tomba soudain au sol.
Elle avait trébuché sur quoi ? une auréole !

Les sœurs relevèrent la benjamine et virent
L’anneau qui dépassait de terre et l’en sortirent.
L’époussetant l’objet fut bientôt une lampe,
D’où un génie jaillit en saillant ses deux tempes.

La créature avait un corps blanc de fantôme,
Et son œil froid était aussi grand qu’une paume.
De sa voix dure il dit « Merci » qu’on le délia,
Et permit un vœu à laquelle lui dira.

Les filles en silence ont consulté leurs yeux,
Mais il ne fut qu’un temps pour qu’elles aient leur vœu.
Et bientôt fougueuses elles se succédaient
À déballer leur cœur, à exiger leur souhait.

« Je rêve de nouveaux voyages d’aventure,
Je rêve d’explorer la splendide nature,
Je rêve de dangers, où seul parle l’instinct
Et d’une lumière brillante le matin !

- Moi, je veux l’amour sain d’un homme intègre et fier
Dont la douce bouche baise mon corps amer
En frayant le chemin que son beau cœur désire
Et qu’il prête allégeance à un bel avenir.

- Mon cœur entier demande à tes humbles services
Tout l’or du monde enfoui même en les précipices.
Ô génie, j’ai envie, pour pouvoir satisfaire
Ce que je désire, de bijoux et de pierres.

-Il faut pour moi dont l’aube a fait au crépuscule
Une place horrible, le temps prompt qui recule.
Ma jeunesse a filé, je l’exige aujourd’hui.
Et que mes traits renaissent avant que soit la nuit ! »

Enfin il vint le tour de la dernière sœur.
Elle était pour le vrai marquée d’une pudeur
Et n’osait avouer. Le spectre dit « Dévoile !
- Bien. J’aimerais qu’ici l’on puisse avoir son voile. »

Le génie, peiné, dit aux sœurs qui l’observaient :
« Vous dont je vois le fond et l’étrange portrait,
Sachez que mon pouvoir de djinn est inflexible !
Mais certains de vos vœux ne me sont pas possibles. »

Et, tournant sa face blafarde et translucide
Vers celle si jeune, fit une larme acide.
« Je n’ai point le pouvoir de changer l’âme humaine.
Et parfois elle est comme une pierre d’ébène. »

Nawel G.
Janvier 2019